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Pr ahmed rebai nous parle du paradis

Les allergies alimentaires constituent un problème de santé publique de plus en plus sérieux et sont en augmentation dans tous les pays du monde, où elles touchent entre 1 et 8% des citoyens.

PRO ALIMENTARIUS a rencontré Pr Ahmed REBAI, Directeur du Laboratoire de Procédés de Criblage Moléculaire et Cellulaire au Centre de Biotechnologie de Sfax (CBS) pour nous parler du projet de Plateforme d'Analyse BigData pour l'évaluation des Risques d'Allergies Alimentaires et d'aide à la DécISion pour le consommateur en Tunisie (PARADIS).

Pr Ahmed, dans quel cadre vient le projet PARADIS ?

Ce projet entre dans le cadre d’un appel ouvert lancé par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en octobre 2017 portant sur la sélection de Projets de Recherche Fédérée (PRF) pour la période 2017-2019. Ces PRF portent sur six priorités nationales :

  • Sécurité Alimentaire, Energétique et Hydrique
  • Projet Sociétal : Education, Culture et Jeunesse
  • Santé du Citoyen
  • Transition Numérique et Industrielle
  • Gouvernance et Décentralisation
  • Economie Circulaire

Notre projet entre dans le cadre des priorités nationales relatives à la santé du citoyen, précisément l’étude et traitement des épidémies, des maladies chroniques, et des maladies nouvelles et L’E-santé et la télémédecine, en faisant alliance entre les TIC et l’alimentaire.

Pourquoi le choix de traitement du sujet des allergies alimentaires ?

Notre alimentation est de moins en moins équilibrée par l’introduction de produits industrialisés locaux ou importés (biscuits, céréales, plats cuisinés, produits carnés…) dont la composition est souvent mal connue. Ceci a entrainé l’apparition de maladies liées aux réactions d’allergie provoquées par certains composés et additifs alimentaires.
Une allergie alimentaire est une perte de tolérance immunologique vis-à-vis d’un aliment qui est sous l’influence de facteurs génétiques et environnementaux. Les allergies alimentaires se manifestent par des réactions immédiates (dans 90% des cas) ou différées qui peuvent entrainer à terme des maladies chroniques sévères. Les réactions immédiates vont de la simple rhinite allergique ou des démangeaisons jusqu’à des réactions violentes avec vomissement et crise d’asthme voire un choc anaphylactique pouvant entrainer la mort par arrêt cardiaque.
En Tunisie, on a un manque de donnés sauf des investigations réalisées par quelques structures de recherche ; On estime la prévalence des allergies alimentaires à un taux entre 1% et 2% chez les adultes, dont 0.6% pour l’allergie chronique au gluten et 3 à 8% chez les enfants avec en tête le lait de vache, les fruits de mer et l’arachide.

Ce projet vient combler un manque dans la connaissance des allergies alimentaires en Tunisie et à offrir au consommateur un moyen lui permettant de prévenir les allergies en se basant sur une approche participative et sur les technologies de l’information et de la communication.

Quels sont les objectifs de ce projet?

Le projet proposé comporte cinq objectifs principaux :
1) La mise en place d’une base de données contenant la liste des produits et ingrédients alimentaires contenant des allergènes ; cette base sera constituée en utilisant les étiquettes de composition des produits alimentaires et par analyse exhaustive des bases de données
bibliographiques ainsi que les bases de connaissances disponibles dans d’autres pays. Il est à signaler que le partenaire socio-économique du projet dispose déjà d’une base de données comportant la composition selon étiquette de plus de 300 mille produits alimentaires commercialisés dans le monde entier de laquelle sera extraite une première base des produits commercialisés en Tunisie contenant des ingrédients allergènes.

2) La mise en place d’une base de données de personnes ayant déjà eu des allergies alimentaires qui seront recrutées par une approche participative suite à une enquête qui sera diffusée auprès des médecins et centres médicaux spécialisés, des associations de patients (à l’instar de l’association tunisienne des maladies céliaques), sur les réseaux sociaux et sur un site web dédié. L’objectif est d’atteindre au minimum 1000 personnes.

3) En utilisant les informations dans les deux précédentes bases de données et des analyses statistiques et informatiques appropriés (Big Data et Machine Learning) nous allons construire un système de pondération optimale permettant de mesurer le risque d’allergie suite à la consommation d’un produit alimentaire donné ou des combinaisons de produits alimentaires.

4) Concevoir et réaliser une application mobile (disponible gratuitement) qui permettra au consommateur de tester en temps réel, après avoir identifié son profil allergique, le risque allergique d’un produit ou combinaisons de produits alimentaires et de recevoir des alertes et des conseils : ceci est avec un simple scan sur le code à barres du produit par son Smart phone.

5) Faire la sensibilisation des citoyens pour une utilisation massive de l’application ce qui permettra d’accumuler des données épidémiologiques nationales sur les allergies alimentaires. Ces données pourront par la suite être exploitées par nous pour améliorer la performance de l’application mobile et par les instances publiques pour la prévention des allergies alimentaires.

Qui sont les intervenants dans le « PARADIS » ?

Le "PARADIS", dont je suis le coordinateur scientifique, regroupe 3 équipes de recherche et 4 partenaires socioéconomiques. L’équipe de travail est pilotée par un comité composé de représentants de tous les intervenants.

L’équipe de recherche est formée de 26 chercheurs du :

  • Laboratoire de Procédés de Criblage Moléculaire et Cellulaire » du CBS, représentée par moi-même, son Directeur,
  • Research laboratory on Development and Control of Distributed Applications (ReDCAD) de l’Ecole Nationale des ingénierus de Sfax, représentée par son Directeur Pr Mohamed JMAIEL,
  • Laboratoire de "Génomique des signalopathies au service de la médecine" de la Faculté de médecine de Sfax, représentée par son Directeur Nouha Bouayed Abdelmoula

Les partenaires socioéconomiques du PRF sont :

  • La société Compi Technology, spécialisée en solutions de TIC innovantes, représentée par son fondateur Mr Mohamed KHARRAT
  • Le Centre Régional de Médecine Scolaire et Universitaire (CRMSU), représenté par son directeur Mr Mounir Ben Ayed
  • L'Association Tunisienne des Chercheurs Universitaires, représentée par Mr Ramzi MAALEJ, son président, et
  • Dr Malek Chaabouni, président de l’association des pédiatres de libre pratique.

Nous consoliderons aussi l’équipe de chercheurs par des ingénieurs ou des post doc après un appel à candidatures et une sélection locale au CBS, prévues en septembre 2018.

A combien s’élève le budget alloué pour ce projet ?

Nous avons demandé 200 mille dinars, qui ont été versé en Mai 2018. Ces frais couvriront le développement de l’infrastructure TIC, les compagnes de sensibilisation, les enquêtes sur terrain, les déplacements et les hébergements, l'organisation des rencontres scientifiques, les rémunérations des contractuels, les analyses, …

Quel est le stade d'avancement du projet?

Le projet est en phase de démarrage, l’appel à candidatures est allé en Octobre 2017, la sélection des projets a été en décembre 2017, le versement du budget en début mai.

Ce projet a des retombés socio-économiques très intéressantes, que ce soit sur le citoyen (Santé et régime alimentaire) ou sur l'état (réduction des coûts de prise en charges des assurés souffant de ces maladies)

 

 

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Omar KSIBI

Directeur de Pro Alimentarius | Consultant en Qualité et Sécurité des Aliments

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